Le portail vers l’autre monde
La nuit venait de tomber quand Esprit de Corps IV a croisé la route d’un étrange système orageux. À tribord, un stroboscope d’éclairs. À babord, la noirceur totale. Juste au milieu, sur une largeur d’à peine un demi mile, un chemin semblait se tracer à travers les nuages gris. « C’est peut-être le portail du Triangle des Bermudes», a blagué un équipier sur le pont. Il ne croyait pas si bien dire. En s’y engageant, le monocoque s’est retrouvé dans un long passage pluvieux, marqué par des vents qui ont fait tournoyer sans arrêt la girouette sur elle-même. Puis, au creux de la nuit, les lumières d’un bateau de pêche fonçant droit sur notre tribord a fait sursauter le barreur. Alors que les appels radio du capitaine sont restés sans réponse, les équipiers ont éclairé les voiles blanches du Volvo Ocean Racer du mieux qu’ils ont pu, sans réaction apparente du mastodonte motorisé. Il y avait de la marge, heureusement, mais bien peu. Avec un ciel noir, une pluie quasi incessante et une brise instable qui a ensuite forcé plusieurs empannages à la noirceur, l’équipage a terminé la nuit avec un sentiment de tâche bien accomplie. Un long repos bien mérité, mais frustrant, s’en est suivi. Esprit de Corps IV, avec son spi Tour du monde une fois de plus hissé, est fin prêt pour accueillir un très attendu vent du nord pour la phase finale de la course. Supersitieux, le second officier, Maxime Grimard, a un fois de plus préparé son fameux cassoulet chanceux. Si seulement la météo pouvait s’y mettre aussi.